Vendredi 20 juin 2008

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Phenome de possession Démoniaque








ASPECT DU DIABLE À TRAVERS LES DIVERS ÉTATS DE POSSESSION

les récits de possession présentent de nombreux traits communs, quels que soient le milieu, le temps, la civilisation pour celui qui envisage seulement la partie naturelle des possessions. Les possédés de l'Évangile semblent peu différents de ceux qu'observent les missionnaires dans l'Afrique Noire ou L'Asie mystérieuse, dont certaines contrées comme la Mongolie sont hantées par les démons, suivant les légendes. Les possédés de l'antiquité, ressemblent aux possédés modernes, avec cette réserve que les esprits des morts jouaient, avant la venue du Christ, le même rôle que plus tard le Démon. Enfin les possédés admis comme tels par l'église paraissent souffrir et se comporter sur beaucoup de points comme les malades atteints de délire de possession. Ils en diffèrent par des caractères qui décèlent une action préternaturelle et par des évolutions fréquentes vers la guérison après l'exorcisme.
Le milieu a pu multiplier les cas de possession, mais il n'a pas pu les créer de toutes pièces. Des tendances intérieures, presque banales chez l'homme, ont joué un rôle plus important. L'observateur qui part du scrupule et de l'angoisse et suit la filiation des états qui en dérivent aboutit à cette hypothèse que chacun porte un démon en soi, mais qu'heureusement tous les humains ne deviennent pas sa proie. L'étude de cette filiation apprendra les diverses actions du Diable sur le corps et l'âme du possédé qu'elles transforment au point qu'il est possible de retrouver chez ce dernier quelques aspects du Diable, ou si on préfère des forces du mal dont les incroyants eux-mêmes ne nient pas l'existence. Les journaux qui ont consacré des articles à Hitler et à sa doctrine n'ont pas hésité à les qualifier de démoniaque même quand ils s'adressaient à des lecteurs étrangers à tout dogme religieux.
La communauté des dispositions antérieures à l'envahissement des forces du mal explique à la fois certaines ressemblances des possédés entre eux et la contagion de la possession. Néanmoins ces derniers faits ne peuvent être retenus comme des preuves que la possession est un phénomène naturel. Pour l'Église, la maladie n'exclut pas l'action démoniaque. Dans les anciens manuels d'exorcisme, elle mélait aux rites les Rernedia Gorporalia ; aujourd'hui ses prêtres font soigner les possédés en même temps qu'ils prient pour eux.
Les dispositions intérieures qui préparent la possession se traduisent par des signes physiques, intellectuels et affectifs dont l'ensemble est complet quand celle-ci est installée.

SIGNES PHYSIQUES


Les signes physiques consistent d'abord dans les changements mimique. Le possédé devient méconnaissable, diffère de lui même au point qu'à Loudun, les grands seigneurs et les curieux venaient voir la figure du Diable qui se substituait à la figure ordinaire des religieuses. Si la possession est déjà ancienne, le changement de mimique est complété par l'amaigrissement et le ballonnement du ventre. Les traits expriment la colère, la haine, la moquerie, l'insulte. Les viscères contractés et spasmés altèrent en même temps les fonctions de l'organisme. Le teint change, les nausées, les vomissements, l'aérophagie, l'aérocolie apparaissent avec les borborygmes, la langue sale, la fétidité de l'haleine. Des viscères spasmés dont la sensibilité n'est pas perçue dans l'état de santé, montent des sensations pénibles et angoissantes ; des irritations de la peau et des muqueuses les complètent.
Le malade explique ces douleurs angoissantes par la présence d'un animal ou d'un diable qui se déplace souvent, dans son ventre, le mord, le pince, le brûle, le torture de toutes manières. Le tableau est complété par des vertiges, des maux de tête, sensations paraissant provenir de l'extérieur : douleurs de la nuque violentes, imposant la conviction d'un coup qui vient d'être reçu, douleurs de la colonne vertébrale, du même ordre avec la même interprétation. Il faut ajouter des tiraillements, des crampes, des impressions de gonflement et de tension plus ou moins mobiles que le sujet décrit comme des pénétrations du Diable dans son corps ou des sorties de ce même Diable. La voix change aussi. Elle n'a plus le même timbre, elle devient grave, menaçante, ou sardonique, moquant les personnes les plus respectables, tenant des propos érotiques ou scatologiques inaccoutumés. L'écriture automatique apparaît par crises au milieu d'une page de l'écriture habituelle. Il arrive que le porte-plume soit arraché et jeté au milieu de la pièce. Parfois la page est sabrée d'un trait rageur qui déchire le papier ou l'éclabousse de taches d'encre. Les écrits automatiques des possédés diffèrent par leur caractère violent de ceux des médiums.
Le possédé se représente le diable qui l'habite comme ayant un corps plus petit que le sien. Cette représentation de la petitesse de corps du Diable explique les innombrables diablotins des cathédrales gothiques et ceux qui assaillent certaines statues du Bouddha. Du fait de sa petitesse, le Diable malgré qu'il soit toujours méchant peut changer de caractère, devenant une sorte d'enfant pervers ou d'animal redoutable et pourtant attachant, traduisant sous des formes symboliques l'ambivalence affective sur laquelle nous reviendrons.
Les réactions des possédés ont un caractère commun : l'impulsivité agressive qui peut être remplacée par son contraire : l'inhibition. Les insultes, les gestes menaçants, les mots écrits par une main qui a perdu tout contrôle, apparaissent brusquement, d'une manière imprévisible, de même que les crampes, les contorsions des membres, les crises convulsives. L'apparition de l'impulsivité indique l'envahissement de la personnalité. L'agressivité contre Dieu et contre les hommes révèle le ton de l'affectivité de la nouvelle personnalité. Ces réactions, bien qu'elles semblent échapper au contrôle psychique ne sont pas inconscientes. Le possédé sait qu'un autre pense, parle, agit par son intermédiaire et il en souffre cruellement ; de même il aura conscience des inhibitions et en souffrira.
Une sensation revient souvent, à la fois dans les histoires démoniaques et dans les récits d'expériences métapsychiques. Les sujets ou les assistants éprouvent brusquement des impressions de froid glacial, parfois semblant sortir des murs. Au sabbat l'arrivée du Diable s'annonce par des effluves glacées et un contact réfrigérant. Des mains froides saisissent la nuque du démoniaque, un vent froid souffle tout d'un coup. La chair de poule de la peur, le refroidissement des extrémités explique en partie cette sensation de froid, mais parfois aussi elle semble inexplicable.
Elle s'accompagne généralement de frigidité sexuelle. Les sorcières étaient frigides et c'était là une des marques du Diable pour les Inquisiteurs. Refroidissement et frigidité vont de pair avec l'insensibilité à la douleur : dans la possession, les sujets peuvent être brûlés, piqués sans se plaindre, sans faire de mouvement, sans changer de couleur.
La possession trouble les fonctions féminines, crée des grossesses fictives avec distension exagérée du ventre et mêle ses effets à ceux de l'âge critique. Elle jette le désordre dans toute la vie instinctive, supprime l'appétit ou fait apparaître des boulimies, avec besoins impérieux d'aliments étranges ou répugnants.
SIGNES INTELLECTUELS
Divers signes intellectuels sont mentionnés dans les manuels d'exorcisme comme la faculté de connaître les pensées d'autrui, les événements futurs ou éloignés, et toutes les choses cachées, comme l'usage de langues inconnues jusque-là, comme les actes contraires aux lois de la nature : lévitation, déplacement instantané à travers de grandes distances. Ces derniers signes sont rares et constituent la partie préternaturelle des possessions dont nous n'avons pas à nous occuper. Nous nous arrêterons seulement aux faits groupés par les métapsychistes sous le nom de connaissance paranormale qui peuvent paraître préternaturels dans certains cas, dans d'autres rentrer dans l'ordre de la nature. Cette connaissance est limitée chez les médiums. Dans des indiscutables, ils donnent, sans supercherie possible, des dates, des noms propres qui imposent la conviction. Mais ils se trompent souvent. L'entraînement augmente la connaissance paranormale mais jusqu'à un certain point. Les possédés sont capables de cette faculté mais le plus souvent ils se bornent à donner des indications sur le caractère et les défauts des personnes présentes. Dès qu'ils tombent juste, l'assistance est très impressionnée et un exorciste comme le Père Surin a pu devenir possédé à son tour après avoir reçu de nombreuses communications paranormales d'une religieuse qu'il exorcisait.
Le possédé fait le plus souvent figure de faux prophète. Il est l'instrument du diable, c'est-à-dire du mensonge personnifié. Il apporte parfois, dans le comédie de la prophétie, les richesses d'une imagination libérée de toute réalité.
SIGNES AFFECTIFS
  • Les signes affectifs que nous allons maintenant étudier sont moins évidents, moins connus et moins classiques que les signes physiques et intellectuels. Ce sont eux qui sont à la base des névroses et des psychoses, « terrain d'élection » de la possession démoniaque selon Monseigneur Catherinet.

  • Esquirol dans son étude sur la démonomanie parue en 1814 à montré que la possession évolue par accès. Il raconte l'histoire d'une fille de trente ans amoureuse d'un homme que ses parents ne lui permettaient pas d'épouser. Elle tomba dans une dépression qui la mena à faire un voeu de chasteté. Cela ne l'empêcha pas de prendre quelque temps après un amant : saisie de remords, elle fut assaillie d'idées de damnation délirantes qui durèrent six ans pendant lesquels elle dut être internée. Elle sortit, non guérie et diminuée dans son intelligence ; peu après sa sortie devint la dupe d'un jeune homme qui lui affirma être Jésus-Christ. Elle succomba de nouveau et crut être possédée. Le Diable logé dans son corps l'empêchait de manger, mordait son coeur, déchirait ses entrailles. Elle mourut au bout de quelque temps de péritonite tuberculeuse.

  • Cette ancienne observation permet de dégager de l'ensemble des faits deux obsessions fondamentales chez les possédés. C'est en premier lieu l'obsession de solitude morale liée à l'obsession d'infériorité fréquente chez les vieilles filles, chez les veuves, chez les gens qui vivent en marge de la vie et n'ont ni famille ni foyer, chez certains religieux et religieuses mal adaptés au cloître où ils sont entrés, non par vocation, mais par déception. Tous ces êtres isolés moralement fournissent un contingent relativement important à la possession diabolique. Les obsessions de solitude et d'infériorité prédisposent à la possession.

  • Les obsessions de culpabilité déterminent celle-ci. Le sentiment obsédant d'être coupable d'une faute et de devoir le subir en châtiment peut exister en dehors de toute faute connue par l'intelligence. Il exprime une souffrance profonde de l'inconscient. Dans la maladie ou la possession, il peut être intense au point d'envahir tout le psychisme. Il est à la base des scrupules banaux, des peurs des enfants, du trac et de mille états qui apparaissent comme des incidents de la vie psychologique ordinaire. Le dogme du péché originel exprime l'universalité du sentiment de culpabilité considéré du point de vue religieux.

  • Il faut observer que le sentiment de culpabilité quand il est prolongé trop longtemps et entretenu avec une certaine complaisance peut devenir dangereux. Le Christ dit au pécheur qu'il absout : « allez en paix » ou « allez et ne péchez plus » ; il ne s'attarde pas à de longues formules pour montrer dans le détail l'horreur du péché et, il relève le pécheur pour lui montrer le chemin de la vie ; nous devons retenir son enseignement. En effet le sentiment de culpabilité devenu obsédant prépare les rechutes des fautes. On peut considérer qu'à ce moment il devient un élément de la tentation en ramenant sans cesse l'esprit à la pensée de la faute, en l'épuisant et en diminuant sa résistance.

  • L'obsession de culpabilité a été décrite par le père Surin dans l'Histoire des diables de Loudun et dans la Science expérimentale (Revue d'ascétique et de mystique, Toulouse 1928). Le père Surin qui ne pouvait se reprocher aucune faute grave avait fini par croire qu'il « avait voulu trop s'élever, et que Dieu par un juste jugement avait voulu l'abaisser. » Ne pouvant supporter cette idée obsédante et se croyant damné, il fit suivre, comme c'est la règle, l'obsession de culpabilité d'une tentative d'autopunition et essaya de se suicider. Même dans les périodes où il n'était pas possédé, un état qui paraît voisin des obsessions de culpabilité l'inhibait, par crises, interdisant ou rendant difficile tout mouvement et toute pensée. Plus tard, quand il alla mieux, cette inhibition s'atténua mais il ne put consacrer que quelques minutes à la préparation de ses sermons. En 1635, année où les cas de possession se multipliérent à Loudun, Surin considéra ses souffrances comme « une peine d'esprit ». Dans une certaine mesure, il se rendait compte qu'il souffrait d'une maladie, qui lui paraissait étrange. Pendant les crises de possession, il décrivit le dédoublement dans une formule saisissante en disant que « son âme était comme séparée ». Presque dans le même moment il éprouvait une paix profonde, puis était pris d'une rage furieuse. Le Diable le poussait alors à des impulsions verbales et motrices violentes. Dans ces périodes d'accalmie, les bonnes actions ne lui apportaient plus la joie coutumière, mais aggravaient les obsessions de culpabilité et le père se reprochait de désobéir à Dieu « en sortant de l'ordre des damnés où il était né ».

    Les impulsions du père Surin dépendaient d'obsessions par contraste et le poussaient à des actes contraires à sa volonté et à ses désirs : à son corps défendant, il était amené à haïr le Christ, à imaginer des hérésies, à approuver les idées de Calvin sur l'Eucharistie. L'ensemble de ces signes avait apparu un mois après l'arrivée du père Surin au couvent des Ursulines de Loudun, pendant lequel la prieure, qu'il exorcisait, lui avait découvert « plus de deux cents fois des choses très secrètes, cachées en sa pensée ou en sa personne ».

  • Cette prieure, Soeur Jeanne des Anges, analysait de son côté avec subtilité ses obsessions de culpabilité. Elle était « presque tiré en remords de conscience et avec grande raison.., le démon n'agissait que selon les entrées que je lui donnais... Ce n'est pas parce que je crois être coupable de blasphèmes et autres désordres où les démons m'ont souvent jetée, mais c'est que, m'étant laissée emporter dans le commencement à leurs suggestions, ils s'emparaient de toutes mes facultés intérieures et extérieure pour en disposer à leur volonté ». Dans les crises d'impulsion par contraste, Soeur Jeanne des Anges insultait Dieu et même la bonté et la charité divines, détestait la profession religieuse, déchirait et mangeait son voile, crachait l'Hostie au visage du prêtre. Il lui était parfois possible de résister. Elle ne se laissait plus aller au blasphème et au sacrilège bien qu'elle en eut l'idée. Elle avoua même qu'elle éprouvait un plaisir, déconcertant pour une religieuse, à subir la possession. « Le Diable me trompait souvent par un petit agrément que j'avais aux agitations et aux autres choses extraordinaires qu'il faisait dans mon coeur. »

  • Le Père Surin et Soeur Jeanne des Anges représentent des types de possédés, différents en apparence, mais chez qui se retrouve le fonds commun d'obsessions de culpabilité, de dédou­blement, de contrastes et d'ambivalence affective. Ils sont identiques, nous l'avons dit, aux possédés modernes, mais mieux que ceux-ci ils savaient s'analyser ; ils en avaient, si on peut dire, le loisir. Aujourd'hui la pratique de l'exorcisme, plus méthodique et plus restreinte, limite la suggestion et empêche le développement de ces tableaux si riches de détails jusqu'au début du XVIIe siècle. En outre les possédés ne sont plus exorcisés en public et l'influence de la foule avec son pouvoir suggestionnant ne s'exerce plus sur eux.

  • L'Orgueil, péché du Diable, n'a qu'une importance secondaire chez les possédés, par exemple quand il justifie les obsessions de culpabilité. Ce fut le prétexte invoqué par la Père Surin quand il se crut damné comme avant lui sainte Thérèse et un certain nombre de saints.

  • Nous avons passé en revue les signes des états de possession : signes physiques, signes intellectuels, signes affectifs avec au premier plan les obsessions de culpabilité. Est-il possible de déduire de ces signes la connaissance de quelques-uns des aspects du Diable.

  • La figure du Diable telle qu'elle est représentée par les sculpteurs des cathédrales gothiques et que par les artistes de l'Extrême-Orient peut être retrouvée sur la face des possédés pendant les crises. Ceux-ci réalisent aussi avec plus ou moins d'habileté et de richesse imaginative les gestes, la conduite de leur modèle. Cet aspect physique, même si la ressemblance est poussée assez loin, reste secondaire.

  • Dans le domaine moral, les aspects du Diable sont plus particuliers aux possédés. Le tentateur subtil, qui multiplie les ruses et les habiletés de sa dialectique pour séduire un Faust diffère du diable des possédés autant que le Lucifer orgueilleux qui entreprend avec ses démons la lutte contre Dieu. Les diables des possédés sont plus familiers et plus vulgaires. Ils restent à la mesure de l'homme.

    Comme tels, ces diables apparaissent non pas comme des hôtes nouveaux mais comme des hôtes anciens qui se sont enhardis jusqu'à occuper toute la maison. Ils ont gardé le mensonge et l'orgueil, l'habileté à s'insinuer, la malignité et l'agressivité du diable classique mais ils sont plus étroitement mêlés à la personnalité de leur hôte. Il arrive souvent qu'au cours des impulsions par contraste ils s'attaquent à des objets ou à des personnes qui ont joué un rôle à un moment donné dans la formation des complexes personnels. Ces impulsions apparaissent alors comme tentatives de libération des conflits résultant de ces complexes.

    Les insultes contre Dieu, l'Église, l'hostie prennent ainsi un sens particulier. Le possédé s'en prend à eux comme à des obstacles qui ont contrarié certains de ses désirs. L'histoire de Soeur Jeanne des Anges nous apporte la preuve de la réalité des mécanismes psychanalytiques de ses impulsions par contraste. Elle l'avoue quand elle parle du « petit agrément » qu'elle éprouvait à céder à son agressivité. Son démon, nous le connaissons, c'est celui du Marquis de Sade.

  • Un autre, celui du Père Surin, né « damné » personnifie littéralement l'obsession de culpabilité isolée de toute faute et cherchant des fautes pour se justifier. Ce démon semble avoir pour mission de montrer la réalité du péché originel, qui a transmis le sentiment inné de culpabilité de notre première mère jusqu'à nous.

  • Passons maintenant des démoniaques de Loudun à nos malades. Un autre démon, petite bête blottie dans un corps de vieille fille est retenu en elle par un certain « consentement » comme disait Soeur Jeanne des Anges. Il peuple la solitude qui l'obsède, répond à ses questions, dialogue avec elle puis au bout d'un certain temps la tourmente si bien qu'elle va trouver un prêtre qui la renvoie à un médecin. Un autre démon s'est installé chez une fille honnête jusqu'au scrupule et l'obsède par des images de vols qu'elle n'a pas commis. Il a composé avec l'honnêteté de son hôte et admis cette équivalence symbolique de pensées érotiques qu'elle n'aurait jamais acceptées. Ces démons humanisés sont de tous les temps et de tous les pays ils ont apparu avec le premier homme et disparaîtront avec le dernier. Malgré leur manque de grandeur, et parce qu'ils sont bien adaptés à nous, ils représentent des formes redoutables des forces du mal, celles qui hantent la vie de chaque jour.


LA SECONDE VENUE DE SATAN



Le terme de « satanisme » est employé actuellement pour désigner un courant qui a pris naissance au début des années 60 aux États-Unis et plus spécialement en Californie et, de là, s'est répandu de divers côtés. S'il faut le décrire, on pourrait parler d'un mouvement qui fait l'expérience du mal comme d'une puissance créatrice qu'il cultive d'une manière quasi religieuse, ce culte permettant de dominer les potentialités destructrices présentes dans cette puissance du mal.

Comme première manifestation de ce mouvement, il faut citer le film de Polanski, Rosemary's Baby. L'histoire est celle d'une Jeune femme tout effacée, qui vient occuper avec son mari un appartement à Manhattan. Le voisinage donne l'impression angoissante d'une vie occulte, où règnent la magie et la sorcellerie. Tout en s'ingéniant à moderniser son propre cadre d'existence, elle ne peut changer l'atmosphère de ce milieu. Lentement, mais sûrement, le cercle fatal se resserre autour d'elle. Tous semblent entrer dans la conjuration, même la doctoresse dont elle attend la délivrance et jusqu à son propre mari. Quand celui-ci s'approche d'elle, il prend les traits d'un démon incube du Moyen Age. En état d'inconscience, elle met au monde le fruit de cette union ; un couteau à la main, elle part à la recherche de son bébé et aboutit finalement dans un appartement du voisinage où toute la bande de sorcières célèbre le sabbat autour du bébé qui apparaît comme un « enfant de Satan ». Elle se trouve devant l'alternative va-t-elle le tuer ou l'accueillir ? Quand le nouveau-né fait entendre un vagissement humain, elle le prend avec elle. Et ainsi s'accomplit la naissance de Satan.

Le récit est dû à Irva Levin. Il s'inspire d'un ensemble de réalités largement répandues. Au moins trois millions d'Américains l'ont lu. Le film de Polanski a dépassé cet intérêt : son contenu déborde celui du livre. Au cours d'une interview, Polanski a déclaré qu'il n'a fait qu'enregistrer ce qu'il a pu voir dans cette Amérique ultra-moderne, dans les grandes cités comme New York et dans cette région de Californie où il s'est installé avec sa femme, la vedette du film. Au milieu de ses propos sur l'occultisme, Polanski parle du célèbre éditorial du Time : « Dieu est mort » ; il relève que, depuis que l'Église perd de son prestige et que s'est évanouie l'image traditionnelle de Dieu qu'elle répandait, on voit croître sans cesse l'efflorescence de l'occulte, du magique, et le pouvoir des sectes. Il ajoute que, sur la terre nourricière d'une nouvelle religiosité, est né un phénomène nouveau l'incarnation de Satan. La naissance virginale de Dieu est, selon lui, le type de celle de Satan. Une ère nouvelle s'est ouverte c'est l'An I après Satan. Là encore, Polanski ne fait que consigner ce qu'il a vu : l'homme qui proclame dans le film l'incarnation de Satan est Anton La Vey, le « pape noir » de la « Première Eglise de Satan » officiellement reconnue à San Francisco. Mais qui est ce Satan ?

Ce n'est sûrement pas le Satan de la Bible. C'est un Satan dont Arthur Lyons dit dans son ouvrage Satan Wants You (Satan vous appelle) qu'il vient pour la seconde fois. Sa première venue se place à la fin du Moyen Age. Cette venue atteignit son paroxysme dans la vague de sorcellerie qui marqua le début des « temps nouveaux ». La possession démoniaque n'était pas une nouveauté on peut retracer dans beaucoup de cultures et de religions la croyance aux démons et à la possession ; la vraie nouveauté, c'est que l'on voyait dans la possession l'un des éléments d'un immense complot cosmique, mené de façon invisible par un seul esprit génial Satan. Au lieu de chercher à guérir les individus, on tentait de découvrir à travers la personne des possédés la stratégie déployée par Satan. Les démons étaient désormais les soldats d'une armée bien ordonnée, obéissant aux ordres d'un chef unique. C'est ainsi qu'un Satan personnifié, origine de tout mal, fit son entrée dans l'histoire. Et il n'a disparu que lorsqu'on eut compris que la croyance en Satan suscitait une folie destructrice pour l'humanité, et que la lutte contre Satan faisait précisément naître le mal que l'on voulait combattre. La croyance en Satan invitait à la lutte autant qu'à la vénération. Le trait caractéristique de cette lutte, c'est qu'elle se déroulait en milieu clos. Ce que les Inquisiteurs voulaient savoir était confirmé sur le chevalet par leurs victimes et, à l'aide de ces données, ils fondaient scientifiquement leur foi. Comment agissait-on dans ces cercles fermés ? On peut s'en rendre compte en lisant le passage suivant, extrait du Marteau des sorcières : la femme était prise irrémédiablement, une fois que l'attention s'était fixée sur elle. « La religieuse irréprochable est soupçonnée parce que le diable met tout son honneur à séduire précisément ces vierges saintes. Mais il va de soi que le malin séducteur ne se refuse pas non plus une fille pleine d'allant. Quant à la jeune fille éplorée, abandonnée par son amant, il a beau jeu avec elle. Toutes ces femmes doivent donc faire l'objet d'une étroite surveillance. Une femme qui va rarement à l'église est suspecte, et une femme assidue au service divin l'est davantage encore, car elle a sûrement ses raisons de simuler la piété. » Nous voyons combien ces jugements sont aberrants, mais il a fallu des siècles avant que l'on s'aperçoive de ce qu'avait de satanique ce cercle forgé par la foi et la science.

Les caractéristiques de ce Satan ne se révèlent pas seulement dans la lutte menée contre lui, mais aussi dans le culte dont il est l'objet. Ce culte était nettement dirigé contre le christianisme, ce qui s'exprime surtout dans les messes noires, et sexuel, comme il apparaît dans le cas des femmes qui se livrent à lui et dans les sabbats de sorcières. Ce n'était pas le serpents le Grand Menteur, le mal qui est « mystère », mais un adversaire passé à l'état humain, qui se fait d'une manière perverse le frère des hommes, à la fois bouc émissaire et chef de la rébellion. Or, ce Satan humanisé est revenu, mais d'une autre manière. C'est sa « seconde venue ». Il n'est plus question maintenant de la foi en un être personnel et, même si l'on parle de religiosités, il ne s'agit plus d'une dimension surnaturelle qui exige la « foi ». Le Satan d'aujourd'hui est plus humain que le premier Satan ; il s'agit en somme de reconnaître la bête que nous sommes. « Reconnaître, c'est aller vers la lumière, c'est plonger son regard dans les ténèbres pour y heurter la lumière », dit Anton La Vey. A quelqu'un qui lui demandait pourquoi il avait fondé son église, en 1966, il déclara : « J'ai vu l'aspect le plus repoussant de la nature humaine. Je me suis demandé : Où est Dieu ? Et j'en suis venu à mépriser les faibles, ceux qui, confrontés avec la violence, mettent leur confiance dans le recours à la volonté de Dieu. Je vois que l'homme est un être horrible, le plus féroce de tous. A la fois élément vital et souverain de ce monde : tel est le Diable. C'est pourquoi je mets en oeuvre ? tel un damné ? les arts des ténèbres. J'ai acquis auprès de mon entourage une telle notoriété que j'ai été pour ainsi dire contraint de fonder cette église, avec l'aide de Satan. Vive Satan ! » Avec les ténèbres, le mal et la violence, l'élément sexuel tient aussi une place importante dans cette religion. La Vey explique : « Le culte du diable n'est rien d'autre que la religion de la chair. La femme est le vaisseau vivant, le champ des émotions. » L'élément d'opposition au Christ a pour ainsi dire disparu, c'est même l'objet d'une des nombreuses requêtes religieuses qui s'adressent à ce culte. La « grand-prêtresse » d'un groupe satanique de East Los Angeles déclare : « La messe noire n'est plus célébrée que par des gens qui ont dépassé la cinquantaine. La messe noire est empreinte de négativisme et, dès lors, stérile. Nous essayons de mettre dans nos rituels un peu plus de créativité pour faire du satanisme une puissance vitale et vivante. » La sorcellerie qui s'exerce à présent n'a plus rien de commun avec la magie noire du Moyen Age ; elle s'apparente à celle qui a fait fortune en Angleterre, surtout sous l'influence de Gerald Gardner et de son livre Witchcraft Today (La sorcellerie aujourd'hui), paru en 1959. Margaret Murray, qui l'a étudié de près, y voit la reviviscence d'une religion antérieure au christianisme.

Rollo May signale que l'élément d'opposition est encore présent dans la mesure où ce culte prend ses distances à l'égard d'une société qui tend à opprimer les forces obscures, latentes dans l'homme. Le mal qui est cultivé comme tel est un mal marqué d'une détermination sociale, et non quelque mal originel, enveloppé de mystère. Pour libérer la source vitale de ce mal, on exige d'être entièrement libre à l'égard de la société, de penser et de faire ce qu'on veut ; la violence est mise en honneur comme la voie vers la libération religieuse. Cet aspect du satanisme remonte à l'Anglais Aleister Crowley qui, vers 1920, tenta de réaliser sa mission satanique en Sicile d'abord, puis en Allemagne. Aujourd'hui, Jozef Metzger se présente comme son successeur ; son « abbaye », située dans le petit village de Stein en Suisse, est devenue un centre mondial. C'est de là, par exemple, que fut envoyé à tous les membres, en 1955, le texte des « cinq commandements de Crowley » : « Il n'y a pas d'autre Dieu que l'homme... » C'est un code de vie basé sur la liberté absolue, sur le droit de faire ce que l'on veut dans tous les domaines de l'existence, y compris celui d'avoir des relations sexuelles avec qui et comme on l'entend, de mourir comme on veut et de tuer quiconque voudrait priver l'homme de cette liberté.

Malgré cette exaltation de la violence, de la bête présente au tréfonds de l'homme et des forces obscures, le satanisme est un phénomène « bourgeois », comme l'explique l'éditorial du Time du 19 juin 1972, intitulé The Occult Revival ? Satan Returns (Le renouveau de l'occultisme ? Satan revient). En dépit de la doctrine, des rites et des symboles, on cherche en vain dans ce courant quelque dimension spirituelle, quelque signe montrant que l'on y poursuit autre chose que les valeurs matérielles prisées par une société d'opulence. Cette remarque est vraie en tout cas pour l'église de Satan et le satanisme sur lesquels le journaliste Horst Knaut fait porter sa recherche pénétrante. Il a consigné et il continue de publier le résultat de ses enquêtes. La manière dont l'élément satanique est honoré sous une forme religieuse est qualifiée, ici également, de bourgeoise : ce n'est qu'appel à la « sexualité en groupe » et exaltation de la jouissance sado-masochiste. De son côté, le journaliste Ed Sanders, dans son ouvrage The Family (sur Charles Manson) prétend saisir les traces d'une connexion entre le satanisme et les meurtres rituels. Il renvoie notamment au centre de Stein et au mouvement O.T.O. (Ordre des Templiers Orientaux).

Il est difficile d'évaluer l'influence de l'église satanique officielle. Les effectifs sont fixés à 10000 hommes. Cette église a mené une large publicité autour de Satan. Sous le slogan « Satan est revenu », c'est tout un monde de religiosité ténébreuse qui remonte au grand jour. L'influence la plus forte est peut-être celle qu'exerce la « bible satanique » de La Vey. Elle est lue avidement sur les campus, plus que la Bible chrétienne. En Europe aussi, on entend parler çà et là de groupes de jeunes qui règlent leur vie sur le manuel satanique, ainsi par exemple à Aix-en-Provence où un certain Claude Déplace se targ
ue d'être le « Christ noir » ; il apprend à quelques milliers de jeunes disciples comment il faut évoquer Satan et lui obéir, et comment il faut employer la violence. Sa doctrine prend le contre-pied du Sermon sur la Montagne : « Bienheureux les violents, car le monde leur appartient. Si quelqu'un te frappe sur la joue, frappe-le sur l'autre. » Telle est la doctrine de la Bible satanique.

La Vey s'attaque violemment au « Mouvement de Jésus ». En réalité, il s'agit là de deux pôles opposés, issus à la même époque, sur le même territoire de Californie, du même terrain religieux. S'agit-il du vrai Jésus et du vrai Satan ? Cela n'importe pas tellement. Ce sont là deux symboles, les points de cristallisation de deux courants : le courant de douceur du style hippie, qui veut se séparer de la société de consommation et cherche à « élargir le champ de la conscience », qui vit du sentiment d'unité enfin libérée et de la nostalgie d'un paradis perdu, en face du courant de dureté de ceux qui mettent la vitalité avant tout et veulent prendre de la société de consommation tout ce qu'ils peuvent en tirer. Jésus est devenu le symbole de la douceur et du bien absolu. Il est vivant, Alléluia ! Il n'y a plus un seul miasme dans l'air. Satan est devenu le symbole du contraire : ce monde est un monde où règne la violence, où règne le chaos qui n'est pas ordonné d'avance par un créateur bon, où règne le mal. Puisons là ce qui fait notre vie. Vive Satan ! Il apparaît dès lors que c'est dans la subculture plus que dans l'église de Satan que s'incarne ce pôle opposé du « Mouvement de Jésus ». . Le tout est imprégné de fatalisme romantique. Puis vient dans le scénario le moment où le chef, supérieur à toute loi, se dévoile comme le héros qui suscite la persécution perverse, où les motards déchaînés franchissent une espèce de mur du son psychique, déshonorent les veuves, violent les vierges et les corrompent et, une fois parvenus à ces extrémités, découvrent : « rien à dire ».

Oui, il y a plus ici que dans l'église de Satan. Depuis les beatniks, l'une des constantes de la subculture a été l'élément dit « mystique », le désir d'élargir le champ de la conscience, la soif du contact avec une « autre » réalité dont on n'a pas encore conscience. Et ces effets, on les atteint, non seulement par les pratiques de méditation orientale, par le L.S.D., par l'amour, par Jésus, mais aussi par les coups durs et par Satan. A l'inverse de l'église de Satan, ce mouvement-ci comporte une réelle dimension religieuse, bien qu'il ne fasse pas usage de symboles religieux. Les symboles sataniques sont profanes : moteurs vrombissants, vacarme, rites qui confinent à l'acrobatie, vêtements de cuir noir, croix gammée... Avec le temps, ce satanisme a pénétré plus profondément dans la subculture. A côté de la « musique pop de Jésus », il existe à présent celle de Satan : Sympathy for the Devil, Lucifer, Black Widow, Black Sabbath, Tyrannosaurus Rex. Il y a d'ailleurs des groupes tels que l' « Eglise progressiste du Jugement dernier » qui unissent Jésus et Satan, et c'est un fait bien connu que les disciples de Jésus passent assez souvent dans le camp de Satan. L'interrogatoire des témoins de l'affaire Manson a montré combien ces deux mouvements sont proches l'un de l'autre.    Manson lui-même témoigne : « Je voulais montrer que j'aspirais à être Jésus Christ, mais je suis ce que je suis, et ce que je suis n'est pas encore tiré au clair. » En fait, pour l'Américain moyen, Manson est devenu Satan incarné. Les cadavres de la femme de Polanski et de ses quatre invités, frappés de seize coups de couteau symétriquement disposés et suspendus comme des porcs à la boucherie, le mot PIG (cochon) écrit en lettres de sang au-dessus de la porte, firent revenir le vieux Satan, surtout lorsqu'on finit par apprendre que c'étaient de fraîches jeunes filles, ayant toutes les apparences de la santé, qui avaient perpétré cet acte elles étaient possédées du diable.

Mais c'est aussi le Satan éveilleur de folie qui est revenu, non pas comme une force vitale capable d'inspirer la vie, mais comme une obsession dont il faut essayer de se libérer.  par l'énorme intérêt qu'il soulève, par la course aux exorcistes qui en est résultée. L'Exorciste, à la différence des films de sorcellerie antérieurs, n'est pas une actualisation de données historiques, mais l'expression d'une vraie soif de « religion-terreur ». Cette soif existe, elle fut déjà constatée plus tôt, entre autres, par une commission qui, soutenue par l'évêque anglican d'Exeter, Robert Mortimer, a étudié ce phénomène durant une dizaine d'années. En 1972, elle formula ses conclusions, émettant le voeu de voir instituer dans chaque diocèse un exorciste spécialisé. De divers autres côtés, on perçoit le même besoin. En 1970, le pasteur néerlandais Van Dam publia en Allemagne un ouvrage sur les démons et sur les moyens de les expulser. Il fonda ensuite une communauté d'exorcistes établie à Rotterdam sous le nom de Oase (l'Oasis). Il déclare : Les jeunes qui s'adonnent à la drogue et se jettent à corps perdu dans la mystique orientale vont être affrontés aux puissances démoniaques. Dès lors, le nombre de cas de possession ne fera que croître.  insinué dans la culture des jeunes par l'usage des moyens psychédéliques. De l'autre côté, les gens qui prennent au sérieux le phénomène de la possession et veulent en être délivrés ou en délivrer autrui sont opposés aux films du genre de L'Exorciste.  Il ajoute qu'il croit personnellement en la possession et aussi en une « entité incorporelle »   Le renouveau d'intérêt qu'éveille l'exorcisme est peut-être dû au fiasco de la psychanalyse qui s'est révélée incapable de guérir au niveau de la masse la névrose de masse qui frappe notre époque. Mais la psychiatrie s'est engagée sur des voies nouvelles. En Angleterre, psychiatres et exorcistes collaborent ; peut-être ne sera-ce plus nécessaire quand le renouveau de la psychiatrie aura sorti ses effets.   Kolakowski montre comment la destruction des hommes provient d'une manipulation démente qui transforme le mensonge en vérité, Penderecki regarde surtout l'hystérie collective qui conduit à l'assassinat en masse, pratiqué au nom de systèmes qui poursuivent l'idéal d'un paradis pour l'homme nouveau. Kawalerowicz souligne le même paradoxe en infléchissant quelque peu la ligne de l'épilogue historique : le père Surin échoue dans sa lutte contre les démons, il va se consulter lui-même sous les apparences d'un rabbi qui lui répond : « L'amour croise le sentier de tout homme en ce monde. » Il saisit une hache et assassine deux valets de ferme dans une auberge voisine. Par ce meurtre absurde, il veut attirer sur lui les démons de tout le couvent. L'amour !...

Ces Polonais touchent le noeud du problème. Quand il s'agit de Satan, il s'agit du mal originel présent dans tout bien comme le ver au coeur du fruit : dans la vérité qu'il déforme en mensonge, dans l'amour qu'il pervertit en passion destructrice, dans l'aspiration vers un paradis qui, sous l'effet de ce mal, dégénère en horreurs concentrationnaires et en meurtres de masse.

Kolakowski prit part en mars 1972 à un congrès réuni à Nimègue sur le thème : « L'avenir de la religion, la religion de l'avenir. » Il y posa la question : « Le diable peut-il être sauvé ? » Cela signifiait pour lui : il y a assez de forces à l'oeuvre pour rendre le monde meilleur ; le christianisme tient une place parmi ces forces, mais qui donc fixe assez d'attention sur ce ver qui ronge, de l'intérieur, tout le bien ? Le communiste athée ne compte que sur le christianisme pour exercer cette attention. La persistance de la question que pose la réalité de Satan dépend du christianisme seul, de l'attention toujours en éveil qu'il portera sur la source originelle du mal. Le « retour de Satan » qui s'exprime aujourd'hui dans le satanisme, dans le besoin d'exorcistes, dans la dénonciation de Satan comme bouc émissaire de tous les échecs essuyés par l'Église, n'a rien de commun avec cette attention éveillée.., peut-être même ne tend-il qu'à l'affaiblir.

Qui est Lucifer

Lucifer, était le porteur de lumière, l'esprit de l'air, la personnification de la connaissance. Dans la mythologie chrétienne, il devint synonyme du mal. Redonnons à césar ce qui appartient à césar, Lucifer n'est pas représentatif du mal dans son essence même il serait plutôt selon les écrits un arc ange de lumière terrestre.

Avant que l'Eglise catholique et romaine ne ternisse pour toujours le nom de Lucifer, celui-ci avait une connotation positive. Dans la langue latine, le mot Lucifer signifie : Porte lumière(adjectif) ou Astre du matin(nom). Il a été utilisé par les premiers chrétiens pour désigner le Christ, la " Lumière du monde ". Dans l'Apocalypse,(II, 8 ; XXII, 16) Jésus se donne à lui-même le nom d'étoile du matin(Lucifer) et il désigne également l'Esprit saint sous ce nom. Pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, plusieurs chrétiens ont porté ce beau nom.

Dans le paganisme romain, Lucifer était un dieu céleste qui vivait sous l'Olympe. Avec les Saisons, le fils de Jupiter et de la déesse Aurore était chargé d'atteler et de dételer les chevaux du char conduit par le Soleil. Lucifer était le chef et le guide des Astres. Cette ancienne divinité païenne est toujours visible dans le ciel, c'est l'étoile du matin, la planète Vénus qui brille à l'Orient, avant le lever du Soleil. Le soir, Vénus brille à l'Occident et prend le nom de Vesper, une autre divinité romaine. Les Grecs connaissaient aussi le dieu Lucifer, ils le nommaient Phosphoros ou Eosphoros. A Babylone, Vénus était l'étoile d'Ishtar, la déesse des batailles, de l'amour et de la fécondité. A Rome, Diane (Artémis), la déesse lunaire, était appelée Lucifera, la Porteuse de lumière.

Parmi les nombreux chrétiens qui ont porté le nom de Lucifer, le plus connu est l'évêque de Cagliari, mort entre 370 et 372. Cet évêque latin est l'auteur du schisme luciférien et le père spirituel des Lucifériens.

Lucifer est honoré comme saint en Sardaigne et dans l'Eglise orthodoxe de France fondée par Monseigneur Jean de Saint-Denis, où les chrétiens font mémoire de lui le 20 mai.

Il est aussi le porteur de l'émeraude du saint graal qui serait tombé de son front lors de la chute des anges. Nous tournons toujours autour du même symbole, celui du " Porte lumière " : Lucifer, vaincu et rejeté dans les ténèbres.

Le graal

Selon la légende, le Graal aurait été taillé par des êtres angéliques dans une grande émeraude qui serait tombée sur la terre après s'être détachée du front du Lucifer alors que celui-ci, chassé du paradis, était précipité dans les ténèbres.

Le Graal est un symbole de puissance et de totalité lié aux idées d'abondance, de connaissance et d'immortalité.

Il est la quête d'un autre état de conscience, une recherche du savoir et de la lumière à l'état pur sur les mystères de l'univers.

En magie

L'émeraude est en outre considérée comme un puissant talisman capable, notamment, de rendre la vue et de protéger des morsures de serpents.

Lucifer préside à la femme, à l'enfant, à l'art, à la création, à la voyance ; il donne le génie et la connaissance. Il donne en outre les richesses pécuniaires, transporte toute chose où l'on veut et donne l'inspiration.

En tant que Démon, il se conjure le Lundi, entre 23 H.00 et minuit, ou entre 3 H.00 et 4 H.00. Son encens se compose d'oliban et d'aloès à parts égales, et son offrande est une souris. Lors de la conjuration, il peut provoquer une forte humidité dans le sanctuaire.

Enfin, il est également un démon planétaire, lié à la Lune.

Représentations


Un roi couronné, grand et fort, habillé d'argent scintillant, dont la peau est gris brunâtre, les yeux rouges, le crâne chauve, la bouche ornée de défenses de sanglier ; il est armé d'un arc et de flèches et chevauche un daim.

On le voit aussi sous les traits d'un enfant, avec deux petites cornes sur le front, et entièrement nu.

Ou encore sous l'apparence d'un ange aux ailes de chauve-souris, portant une étoile sur le front et un croissant de lune sous les pieds ; sa main tient une torche enflammée.

Par mandy-stephan-chris - Publié dans : L'enfer des Démons - Voir les 0 commentaires
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