Posté le 06.06.2008 par romanticelegance
L’Homme au masque de fer
D’où vient l’énigme de l’Homme au masque de fer ?
Le mystère du Masque de fer est l’un des plus célèbres de l’histoire. Voltaire est le premier à évoquer cette légende. Il publie en 1751 le "Siècle de Louis XIV", où il affirme qu’on "envoya dans
le plus grand secret, au château de l’île Sainte-Marguerite [...] un prisonnier inconnu". Ce prisonnier avait un "masque dont la mentonnière avait des ressorts d’acier, qui lui laissaient la
liberté de manger avec le masque sur le visage. On avait ordre de le tuer s’il se découvrait". D’après Voltaire, "on ne lui refusait rien de ce qu’il demandait".
De multiples hypothèses ont été imaginées pour résoudre ce mystère, la plus célèbre faisant de cet inconnu un frère jumeau de Louis XIV, qui aurait
été dissimulé pour éviter toute contestation sur le titulaire du trône. Alexandre Dumas a popularisé en 1850 cette légende dans son roman "Le vicomte de Bragelonne", relayé ensuite par Marcel
Pagnol ("Le Masque de fer", 1965).

Louis XIV par Le Brun - 1661
A-t-on des preuves de l’existence du Masque de fer ?
Oui, il est fait mention de ce prisonnier dans les registres de la Bastille :
"Jeudi 18 septembre 1698, à trois heures de l’après-midi, Monsieur de Saint-Mars, gouverneur de la
Bastille, venant de son gouvernement des îles Sainte-Marguerite, à amené avec lui dans sa litière un prisonnier qu’il avait à Pignerol, lequel est toujours masqué et dont le nom ne se dit pas"
(Pignerol est une ville italienne).
"Lundi 19 novembre 1703, le prisonnier inconnu, toujours masqué d’un velours noir qu’il gardait depuis
longtemps, s’est trouvé un peu mal hier en sortant de la messe. Il est mort aujourd’hui sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie".

La Bastille
Quelle est la vérité ?
Aujourd’hui, la thèse la plus probable d’après les historiens est que l’Homme au masque de fer était un simple valet, Eustache Danger.
Arrêté en 1669, sans doute parce qu’il était au courant d’un important secret, Danger est mis en prison. On découvre qu’il a réussi à communiquer
avec d’autres prisonniers. Pour minimiser ce qu’il a pu raconter, on fait croire aux prisonniers et aux soldats qu’il a été libéré, et que par conséquent il ne sait rien de bien important. Il est
mis dans une autre partie de la prison, et on lui fait porter un masque quand il est en contact avec d’autres personnes.
Le gouverneur de la prison (qui deviendra par la suite gouverneur de la Bastille) monte alors une mise en scène et fait de fausses confidences pour
alimenter les rumeurs et faire croire qu’il s’occupe d’un prisonnier important.
Quel était le secret connu par ce valet ?
On suppose que Danger était un valet au service d’Henriette d’Angleterre, belle-soeur de Louis XIV et soeur de Charles II, roi d’Angleterre. Il avait peut-être appris que Charles II voulait se
convertir au catholicisme, alors que l’Angleterre était protestante. En effet, en 1670, Charles II signait le Traité de Douvres, dans lequel il acceptait de se convertir en Catholicisme, contre
£200 000 versés tous les ans par Louis XIV. Charles souhaitait que le Traité - particulièrement la clause de conversion - reste secret.
Pourquoi ne pas avoir tué cet homme ?
Il n’y avait probablement pas de quoi condamner officiellement Danger à mort. D’autre part, le secret détenu par le valet n’était sans doute pas dangereux au point de vouloir l’assassiner.
L'Homme au masque de fer est l'un des prisonniers les plus fameux de
l'histoire française. Le mystère entourant son existence, ainsi que les différents films et romans dont il a fait l'objet n'ont cessé
d'exciter les imaginations.
Le point de départ de l'affaire est la mort, le 19 novembre 1703 à la Bastille, au terme d'une longue captivité,
d'un prisonnier dont nul ne connaissait le nom ni le motif de son incarcération. Sur cette base, l'histoire a été considérablement amplifiée, la légende y a ajouté de forts détails, et la
politique s'en est emparée, l'Homme au masque de fer devenant, sous la plume de Voltaire, un symbole de l'absolutisme
monarchique.
Les faits historiques
« L'Homme au Masque de Fer. »
Gravure anonyme de 1789.
Selon l'affirmation contenue dans la légende de cette gravure — qui relève vraisemblablement de la propagande révolutionnaire — l'Homme au masque de fer ne serait autre que Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils illégitime de Louis XIV.
« L'Homme au Masque de Fer, ou plutôt son histoire, qui a si longtemps fixé les recherches d'une infinité d'auteurs, vient de sortir enfin du ténébreux chaos où la discrétion barbare
d'intermédiaires ministériels l'avaient plongé jusqu'à présent. Des papiers trouvés à la Bastille nous apprennent que cette dénomination n'a jamais appartenu qu'à Louis de Bourbon, comte de
Vermandois, fils naturel de Louis XIV, né le 2 octobre 1667, qui fut condamné à un emprisonnement perpétuel pour avoir, à l'âge de 16 ans, donné un soufflet au Dauphin. Pour envelopper ses
traits d'un voile impénétrable, on lui couvrit le visage d'un masque de fer dont la mentonnière et les ressorts d'acier lui permettaient néanmoins de prendre sa subsistance. C'est en 1683
que l'on place l'époque de sa détention. Ce malheureux Prince mourut à la Bastille en 1703 après une captivité de 20 ans dans différentes prisons. (Ceux qui voudront avoir des
renseignements plus étendus sur cet objet pourront consulter un papier qui se vend Rue de Chartres N° 85.) »
Le 4 septembre 1687, en plein règne de Louis XIV, une
gazette manuscrite, qui se lisait sous le manteau, informait ses lecteurs qu'un officier, M. de Saint-Mars, avait conduit « par ordre du roi » un prisonnier d'État au fort de l'île
Sainte-Marguerite, en Provence. « Personne ne sait qui il est ; il y a défense de dire son nom et
ordre de le tuer s'il l'avait prononcé ; celui-ci était enfermé dans une chaise à porteurs ayant un masque d'acier sur le visage, et tout ce qu'on a pu savoir de Saint-Mars était que ce
prisonnier était depuis de longues années à Pignerol, et que les gens, que le public croient mort ne l'est pas. »
Ensuite, le 29 septembre 1698, une autre gazette annonçait que « M. de Saint-Mars, qui était gouverneur des îles de Saint-Honorat et de
Sainte-Marguerite, est arrivé ici depuis quelques jours pour prendre possession du gouvernement de la Bastille, dont il a été pourvu par Sa Majesté. »
Le 3 octobre, la même gazette rajoutait que « M. de Saint-Mars a pris possession du gouvernement de la Bastille, où il a fait mettre un
prisonnier qu'il avait avec lui, et il en a laissé un autre à Pierre-en-Cise, en passant à Lyon. »
La seconde mention qui ait été faite du prisonnier au masque de fer se trouve dans un petit livre anonyme : Mémoires secrètes pour servir à
l'histoire de Perse (Amsterdam, 1745, in-12), qui n'est qu'une satire des intrigues politiques et galantes de la cour de Louis XIV, sous des noms persans. On y raconte une visite du régent à
un prisonnier d'État masqué. Ce prisonnier, transféré de la citadelle d'Ormnus (îles Sainte-Marguerite) dans celle d'Ispahan (la Bastille), n'est autre que le comte de Vermandois, fils de Louis XIV et de Mlle de La
Vallière, incarcéré pour avoir donné un soufflet au dauphin, et qu'on avait fait passer pour mort de la peste. « Le commandant de la citadelle d'Ormus, disent ces Mémoires, traitait son
prisonnier avec le plus profond respect; il le servait lui-même et prenait les plats à la porte de l'appartement des mains des cuisiniers, dont aucun n'avait jamais vu le visage de Giafer (le
comte de Vermandois). Le prince s'avisa un jour de graver son nom sur le dos d'une assiette avec la pointe d'un couteau. Un esclave, entre les mains de qui tomba cette assiette, crut faire sa
cour en la portant au commandant, et se flatta d'en être récompensé; mais ce malheureux fut trompé dans son espérance, et l'on s'en délit sur-le-champ, afin d'ensevelir avec lui un secret d'une
si grande importance. Giafer resta plusieurs années dans la citadelle d'Ormus. On ne la lui fit quitter, pour le transférer dans celle d'Is-pahan, que lorsque Cha-Abbas (Louis XIV), en
reconnaissance de la fidélité du commandant, lui donna le gouvernement de celle d'Is-pahan qui vint à vaquer. On prenait la précaution, autant à Ormus qu'à Ispahan, de faire mettre un masque au
prince lorsque, pour cause de maladie ou pour tout autre sujet, on était obligé de l'exposer à la vue. Plusieurs personnes dignes de foi ont affirmé avoir vu plus d'une fois ce prisonnier masqué,
et ont rapporté qu'il tutoyait le gouverneur qui, au contraire, lui rendait des respects infinis. » (extrait de l'article le masque de fer dans le Grand dictionnaire universel du
XIXe siècle Tome 10 page 1304).
C'est Voltaire qui va lancer la légende en consacrant à l'« Homme au
masque de fer » une partie du chapitre XXV du Siècle de Louis XIV publié en 1751. Affirmant que le personnage a été
arrêté en 1661, année de la mort de Mazarin, il est le premier à mentionner le détail, propre à exciter
l'imagination, du « masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur le visage » en ajoutant : « On avait ordre
de le tuer s'il se découvrait. » Il affirme également que le prisonnier était traité avec des égards extraordinaires, qu'on faisait de la musique dans sa cellule et que : « Son
plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. » En 1752, la réédition du Siècle de
Louis XIV rajoute l'anecdote de l'assiette d'argent sur laquelle le prisonnier inscrit son nom et qu'il lance par la fenêtre de la prison ; retrouvée par un pêcheur illettré, ce dernier
l'aurait ramenée au gouverneur qui lui aurait dit, après s'être assuré qu'il n'avait pu déchiffrer l'inscription : « Allez, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire. »
Trente-quatre ans de détention
Pour s'en tenir aux faits avérés, le 19 novembre 1703 est mort à la Bastille un prisonnier ainsi mentionné sur le registre d'écrou de la prison, tenu par le lieutenant Étienne du Junca (on respecte ici
son orthographe assez personnelle) :
« Du même jour, lundi 19 de Novembre 1703, ce prisonnier inconnu toujours masqué d'un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars, gouverneur,
avait amené avec lui, en venant des iles Sainte-Marguerite, qu'il gardait depuis longtemps, lequel s'étant trouvé un peu mal en sortant de la messe, il est mort le jour d'hui sur les dix heures
du soir [...] et ce prisonnier inconnu gardé depuis si longtemps a été enterré le mardi à quatre heures de l'après-midi, 20 Novembre dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse ; sur le
registre mortuère on a donné un nom aussi inconnu que M. de Rosarges, major, et M. Reil, chirurgien, qui ont signé sur le registre. » avec cette adjonction en marge : « J'ai appris
depuis qu'on l'avait nommé sur le registre M. de Marchiel, qu'on a payé 40 l. d'enterrement. » Le registre paroissial de Saint-Paul mentionne pour sa part : « Le 20, Marchioly [ou
Marchialy] âgé de quarante-cinq ans environ, est décédé dans la Bastille, duquel le corps a été inhumé dans le cimetière de Saint-Paul sa paroisse, le 20 du présent, en présence de M. Rosage,
majeur de la Bastille et de M. Reghle chirurgien majeur de la Bastille qui ont signé. »
En 1769, dans son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans l'histoire, le Père Griffet (1698 — 1771)
donnait les précisions suivantes.
« Le souvenir du prisonnier masqué s'était conservé parmi les officiers, soldats et domestiques de cette prison, et nombre de témoins oculaires
l'avaient vu passer dans la cour pour se rendre à la messe. Dès qu'il fut mort, on avait brûlé généralement tout ce qui était à son usage comme linge, habits, matelas, couvertures; on avait
regratté et blanchi les murailles de sa chambre, changé les carreaux et fait disparaître les traces de son séjour, de peur qu'il n'eût caché quelques billets ou quelque marque qui eût fait
connaître son nom.»
Le prisonnier était arrivé avec son geôlier, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, ancien mousquetaire et fidèle de Louvois, quand celui-ci devint gouverneur de la Bastille en 1698. Cela est confirmé par une autre entrée du registre d'écrou
le 18 septembre 1698 :
« Du jeudi 18 de septembre à trois heures après-midi, monsieur de St-Mars, gouverneur du château de la Bastille, est arrivé pour sa première
entrée venant de son Gouvernement des iles Sainte-Marguerite et Honnorat, ayant avec lui dans sa litière un ancien prisonnier qu'il avait à Pignerol, lequel il fait tenir toujours masqué, dont le
nom ne se dit pas [...] lequel prisonnier sera servi par M. de Rosargues, que M. le Gouverneur nourrira ».
Prison du masque de fer sur l'île Ste-Marguerite
Il en ressort que le prisonnier masqué avait suivi Saint-Mars lors de ses mutations successives : à l'île Sainte-Marguerite de Lérins (au large de Cannes), où il était arrivé
le 30 avril 1687, et, auparavant, à Exilles, où il fut muté en 1681 et à la forteresse de Pignerol en Piémont, qu'il commanda de 1665 à 1681.
Lors de sa mutation à Exilles, Saint-Mars avait été accompagné de deux prisonniers : « Sa Majesté [...] a trouvé bon de vous accorder le
gouvernement d'Exilles […] où elle fera transporter ceux des prisonniers qui sont à votre garde, qu'elle croira assez de conséquence pour ne pas les mettre en d'autres mains que les vôtres »
(Lettre de Louvois à Saint-Mars du 12 mai 1681). « J'aurai en garde deux merles que j'ai ici, lesquels n'ont point d'autre nom que messieurs de la tour d'en bas » (Saint-Mars à
d'Estrades, 25 juin 1681). Ces prisonniers étaient jugés suffisamment importants pour qu'on leur construise, à Exilles, une prison spéciale, aménagements qui retardèrent d'ailleurs de plusieurs
mois le transfert.
L'un des deux prisonniers en question décède fin 1686 ou début 1687, juste avant que Saint-Mars soit transféré à Sainte-Marguerite. Le survivant
arrive à Sainte-Marguerite le 30 avril 1687 dans une chaise à porteur hermétiquement close par une toile cirée. On lui fait aménager une prison spéciale, donnant sur la mer et à laquelle on
n'accède qu'en franchissant trois portes successives.
Le prisonnier était arrivé à Pignerol le 24 août 1669. Dès le 19 juillet, Louvois avait écrit à Saint-Mars à propos du prisonnier qu'il lui
envoyait : « il est de la derrnière importance qu'il soit gardé avec une grande sûreté et qu'il ne puisse donner de ses nouvelles en nulle manière et par lettre à qui que ce soit […] de
faire en sorte que les jours qu'aura le lieu où il sera ne donne point sur des lieux qui puissent être abordés de personne et qu'il y ait assez de portes, fermées les unes sur les autres, pour
que vos sentinelles ne puissent rien entendre. Il faudra que vous portiez vous même à ce misérable, une fois par jour, de quoi vivre toute la journée et que vous n'écoutiez jamais, sous quelque
prétexte que ce puisse être, ce qu'il voudra vous dire, le menaçant toujours de le faire mourir s'il vous ouvre jamais la bouche pour vous parler d'autre chose que de ses
nécessités ».
En 1691, lorsque Louvois meurt, son fils, Barbezieux, qui lui succède, écrivit à Saint-Mars pour confirmer ces instructions : « Lorsque vous aurez quelque
chose à me mander du prisonnier qui est sous votre garde depuis vingt ans, je vous prie d'user des mêmes précautions que vous faisiez quand vous suiviez à M. de Louvois. »
L'Homme au masque de fer était-il réellement masqué ?
Le prisonnier a enflammé les imaginations. En réalité, rien ne permet de penser que le prisonnier était constamment masqué. Il semble plus probable
qu'il n'a été astreint à porter un masque que pendant les transferts, pour éviter qu'un passant puisse le reconnaître.
Encore le port d'un masque n'est-il véritablement avéré qu'en 1698, lors du transfert à la Bastille : il est mentionné dans le registre d'écrou
(V. ci-dessus) ainsi que dans un récit (publié dans l'Année littéraire le 30 juin 1778) de l'étape de Saint-Mars dans son château de Palteau, faite par son petit-neveu :
« En 1698, écrit M. de Palteau, M. de Saint-Mars passa du gouvernement des Isles Sainte-Marguerite à celui de la
Bastille. En venant en prendre possession, il séjourna avec son prisonnier à sa terre de Palteau. L'homme au masque arriva dans une litière qui précédait celle de M. de Saint-Mars ; ils
étoient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les païsans allèrent au-devant de leur seigneur ; M. de Saint- Mars mangea avec son prisonnier, qui avait le dos opposé aux croisées de la
salle à manger qui donnent sur la cour ; les païsans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait avec son masque ; mais ils observèrent très bien que M. de Saint-Mars, qui était à
table vis-à-vis de lui, avoit deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient pour les servir qu'un seul valet-de-chambre, qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans
l'anti-chambre, fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour, il avoit toujours son masque noir sur le visage ; les païsans
remarquèrent qu'on lui voyait les dents et les lèvres, qu'il était grand et avait les cheveux blancs. M. de Saint-Mars coucha dans un lit qu'on lui avait dressé auprès de celui de l'homme au
masque. »
Par mandy-stephan-chris
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